Politique3 avril 2009 LE TOGO FACE AUX DEFIS
Des lors, Il me fallait une personnalité assez connue des populations. Aussi, mon choix se fut-il porte sur le Bâtonnier Agboyibo qui me paraissait répondre à ce profil. N’a-t-il pas présidé aux destinées de la Commission Nationale des Droits de l’Homme ? N’a-t-il pas été Bâtonnier de l’Ordre des Avocats ? L’opinion, ne lui prêtait-elle pas le pouvoir de se transformer en courant d’air devant les forces adverses ? A mes yeux, il s’imposait donc pour présider le F.A.R. De fait, pressenti, il n’accepta mon offre qu’à la condition que son successeur à la tête de l’Ordre des Avocats, Joseph K.Koffigoh, soit son vice-président au F.A.R. Du coup, je n’étais plus en mesure de peser sur la conduite du mouvement. Et lorsque 48 heures après la mobilisation de la population, le président du F.A.R. crut devoir déclarer que » le départ du General Eyadema créerait un vide politique », la seule question était alors de savoir quelle ligne politique allait être celle du Front. Le maintien du dictateur ne pouvait rien signifier d’autre que la mise en veilleuse de la lutte pour la démocratie et le triomphe d’une politique vomie par le peuple, politique faite de clientélisme, du bradage de l’avenir de générations entières, de la liquidation des acquis de l’indépendance nationale et d’un déséquilibre à tous égards, dangereux pour la communauté nationale. A quels desseins avait alors obéi, l’ancien président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme ? Le mouvement ne pouvait que perdre de sa force d’attraction et de son identité. Une autre erreur tactique fut l’émergence prématurée des partis politique. Certes, le multipartisme était à l’ordre du jour, mais il fallait l’organiser et éviter de confondre vitesse et précipitation. Cette arrivée précoce des partis a nui au rôle de rassembleur qui devait être celui du F.A.R. lequel avait, par la force des choses, vocation à animer la conférence nationale ! Cette erreur de pilotage sera lourde de conséquences ! De fait, le professeur Gnininvi n’a pas su ou pu maintenir le cap vers la démocratie et le Collectif de l’Opposition Démocratique sombra corps et âme, laissant le peuple orphelin de ses espérances et de son rêve ! Pendant ce temps, au sein même du mouvement démocratique, les forces centrifuges étaient à l’œuvre. Le tribalisme ambiant n’était pas seulement au niveau du pouvoir d’Etat détenu par un noyau dur Kabye prêt a tout pour conserver sa domination, mais aussi a tous les niveaux de la société togolaise ! Je me souviens d’avoir été interpelle par un jeune homme à la fin d’un meeting que je venais d’animer dans le Moyen Mono en ma qualité de premier vice-président de l’Union Togolaise pour la Démocratie(U.T.D) que je quitterai en pleine conférence nationale pour désaccord politique avec son président. Ce garçon voulait savoir pourquoi la délégation ne comptait en son sein aucun membre de l’ethnie Mossi ! Pas du tout indigne, je lui expliquai le plus tranquillement du monde que les membres de la délégation s’étaient spontanément proposes sans considération de critère ethnique ou autres ! Il était rassure et moi soulage ! Je n’ai pas oublie cette réunion au domicile de feu Djobo Boukari ou j’étais le seul élément non Kabye -Tem sur la dizaine de participants. Jusque la, rien de surprenant ! Par contre, l’ordre du jour m’était apparu complètement deconnecte de la lutte démocratique. Il s’agissait de réfléchir sur un partage du pouvoir à la tête de l’Etat entre le Nord et le Sud ! Il n’en est finalement pas sorti grand-chose et je m’éloignai de ce cercle dont la préoccupation n’était pas la mienne. Ai-je tort ? Qui ne se souvient de l’ambiance très Klouto-Agou-Ewe qui sévissait a la Primature pendant la transition ? Qui a oublie que le critère de nomination des Ministres du cote de l’Opposition d’alors, c’est-à-dire du Premier Ministre de l’époque était l’appartenance a son ethnie avec en arrière-plan le vieux rêve du Grand Klouto ? Les ressortissants du Klouto, ne proclamaient-ils pas qu’après le Sud et le Nord, c’était leur tour de gérer le pouvoir d’Etat, comme si la lutte pour la démocratie se confondait avec une dévolution tribale du pouvoir d’Etat ? En somme, du cote de l’opposition dite démocratique comme du pouvoir du General, l’heure était à la dérive tribale, avec un avantage certain pour le pouvoir ! L’on assistera même à des alliances bizarres, ethnico- politiques entre le pouvoir et certains elements de l’opposition sur le dos de ceux qui ont eu le malheur d’être nés sur la cote ou de porter des noms à consonance non-indigene. Apres la chasse aux familles du Sud, à quand les pogroms à la Rwandaise ? Apres tout, l’Histoire n’est-elle pas que la répétition des bêtises de l’humanité multimillénaire ? Aux dernières nouvelles, le journal « La Dépêche »qui reflète la pensée des hommes au pouvoir, après avoir daube sur ses confrères de la presse privée sur la question, semble reconnaître à son tour « la réalité du tribalisme comme phénomène social à combattre » Dont acte ! Pourquoi feindre de ne découvrir le mal que maintenant alors qu’on y a soi-même de part et d’autre contribue ? Ainsi, aux défis de la démocratie et du développement est venu se superposer celui du tribalisme et du régionalisme. Pour l’heure, le peuple est sans perspectives et l’horizon de 2010 n’a rien de rassurant. /. Ayite Maxmibube Sitti
1 2009-04-03 12:18:23 ARNAUD DIMADJERE
2 2009-04-04 19:51:00 Togobond
3 2009-04-05 23:20:31 penserlawson
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