Ce reportage est excellent et magnifique, dans ce sens que quelqu’un d’entre-nous a réussi à accomplir un tel parcours sans faute. Bravo Koffi. Tu nous honores tous.
Ce reportage il faut le dire adopte une méthode biographique d’histoire de vie. L’approche séquentielle livre en effet des moments choisis d’une trajectoire de vie qu’elle met en exergue. La narration ou la production de discours est particulièrement étudiée par Catany et Ferrero et s’inspire des récits des premières générations des migrants polonais aux USA. Mais la méthode biographique a été critiquée, dans la mesure où elle sélectionne des moments et gomme des aspects moins reluisants, entretient des silences volontaires du parcours évoqué. Toutefois, c’est une lecture riche par la subjectivité, l’émotion et la passion.
En l’espèce, la trajectoire de vie de notre illustre compatriote Yamgnane Koffi manifeste des chronotopes. Bakhtine appelle chronotope les moments ou les temps-lieux du récit dans un roman. Je pourrais dire que le chronotope de Koffi est de type messianique : c’est providentiellement qu’il fut coopté par le missionnaire itinérant qui l’a sorti du terroir, l’a converti et l’a instruit à l’école. De là, le chemin lui est ouvert pour rentrer dans le monde occidental. Par la persévérance et l’abnégation personnelle, Koffi gravit les échelons et accomplit l’ambition de commandeur de la République de France.
Par-delà la diachronie du reportage, il faut admettre, d’un point de vue transcendantal, qu’une raison est à l’œuvre dans cette histoire de vie, que le souffle vital nous parle un langage d’homme et que l’altérité est aussi le même qui fréquente effectivement notre quotidien.
Koffi n’a eu de cesse de dire ses ambitions pour son pays, le Togo. Mais plusieurs interrogations habitent sa propre fille, Annie et l’historien, sur les ambitions togolaises de Koffi. En effet le terrain a changé depuis 40 ans. Rien n’est moins sûr que le messianisme y trouve aujourd’hui le terreau ou l’humus fécond.
En effet trois obstacles majeurs sont dressés contre toute verticale messianique ou démarche de changement de haut en bas. Koffi n’a aucune chance de remporter une élection présidentielle organisée en l’état : sa candidature a déjà été repoussée sans raison valable !
Le deuxième obstacle est horizontal. Les normes de la compétition des partis politiques lors des législatives sont actuellement posées à l’envers au Togo. Le suffrage universel des adultes est impensable, puisque 65% des sièges du Parlement sont retenus au nom de 30% des électeurs. En clair, le Gouvernement qui n’est qu’un exécutif, un employé de l’Etat, se prend pour l’Etat lui-même. C’est comme si l’Employé (« servus ») se proclame Maître de maison (« Dominus »).
Koffi s’éloigne de ses ambitions pour le Togo, dès lors qu’il déclare disposer suffisamment de personnels pour présenter des candidats à la législative, quelque soit le nombre de siège, 81/83/87 députés au Parlement. Koffi manque de réalisme puisqu’il ne sait toujours pas combien de sièges y a-t-il dans ce Parlement ?
Mais, que reste-t-il à faire ? Il y a un troisième obstacle à surmonter qui s’appelle déficit de décentralisation ou absence du Local. Tant que Koffi et ses amis politiques ne forcent pas le destin en imposant au Gouvernement de se mettre en règle avec l’Etat, je pense qu’il y aura vœux pieux, vouloirs frustrés et peines perdues.